Késako un atelier avec l'école Victor-Doré?

publié le 4 juin 2015 à 09:05 par stephanie Akre   [ mis à jour le·1 sept. 2016 à 21:57 par Thomas Gaudy ]
Je suis Stéphanie Akré, présidente et cofondatrice de l'OBNL Ludociels pour tous. Notre mission est de concevoir des jeux vidéo pédagogiques accessibles pour des personnes en situation d'exclusion sociale. Le 17 novembre 2014, lors de l'événement Je vois Montréal, je me suis engagée au nom de Ludociels pour tous à encourager la persévérance scolaire des jeunes de 16 à 35 ans en situation de handicap.

Nous avons commencé la réalisation de notre engagement en partenariat avec le centre communautaire de loisir de la côte-des-neiges et les Ateliers Neuronix grâce à la mise en place d'un atelier de conception d'un jeu vidéo avec un groupe de jeunes de 16 à 35 ans ne présentant pas de handicap mais certains d'entre eux vivant des situations d'isolement (chômage, nouvel immigrant ne parlant encore bien français, etc...) et nous avons valorisé le jeu réalisé «La montagne bleue» grâce à l'aide de la bibliothèque interculturelle de côte-des-neiges. Thomas Gaudy, notre animateur/ergonome/concepteur de jeux vidéo, fort de cette belle expérience a décidé de continuer l'aventure en organisant un nouvel atelier avec l'école Victor-Doré.

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas encore l'école Victor-Doré, je vous la présente en quelques phrases. C'est un établissement spécialisé qui accueille des enfants de quatre à treize ans présentant des déficiences motrices ou organiques graves associées ou non à d'autres déficiences.
L'école qui a fêté ses 80 ans en 2012, peut accueillir jusqu'à 190 enfants et met à leur disposition une équipe pluridisplinaire composée d'enseignants, de professionnels, de personnel de soutien et de professionnels de réadaptation du Centre de réadaptation Marie Enfant (CRME). 
Si vous souhaitez en savoir plus, voici l'adresse de leur site internet: http://victor-dore.csdm.ca/
Photo École Victor Doré Photo École Victor Doré Photo École Victor Doré
Suite à quelques échanges par mail, Thomas et moi, avons obtenu un rendez-vous avec Marie (orthopédagogue) qui a à sa charge une classe de d'enfants présentant une déficience profonde. Lors de cette rencontre, nous avons pu discuter de notre projet de mettre en place un atelier de conception de jeu vidéo pédagogique accessible adapté aux besoins des enfants qui fréquentent sa classe. Marie était acompagnée de Jacques (technicien en informatique) et de Jeanne (représentante de l'administration de l'établissement). Notre projet a reçu un très bon accueil et beaucoup d'intérêt.
Il faut avouer qu'au début, Marie avait peur que nous soyons déçu en découvrant les possibilités de ses «p'tits cocos» comme elle les appelle affectueusement. Après avoir exprimé notre volonté de travailler selon ses recommandations et notre capacité à nous adapter à notre public, elle nous a expliqué qu'il y avait des besoins non comblés en matériel informatique adapté qu'elle souhaiterait utiliser en classe mais surtout qu'elle aimerait rendre accessible aux parents qui parfois se sentent un peu démunis à la maison pour continuer les stimulations de leurs enfants dans le cadre familial.
Nous avons donc convenu d'une première visite quinze jours plus tard qui nous permettrait d'observer en classe les interactions des enfants entre eux, avec leur enseignante et avec le matériel pédagogique, ludique et informatique mis à leur disposition. Lorsque nous avons quitté l'école, ce jour là, nous avions le coeur et la tête emplis de reconnaissance envers cette belle équipe qui avait pris la décision de nous faire confiance. 

Nous sommes retournés deux semaines plus tard dans la classe de Marie. Il était 10H30 lorsque nous sommes arrivés à l'école. Comme l'a si bien dessiné Jean-Paul Eid dans sa bande dessinée (http://victor-dore.csdm.ca/ecole/victor-dore-en-b-d/), «l'école des enfants invisibles» est silencieuse de l'extérieur mais lorsque nous avons pénétré à l'intérieur et que Marie nous a fait parcourir les couloirs pour rejoindre sa classe, nous avons commencé à entendre les enfants. Certain(e)s suivaient leurs cours d'activité physique, d'autres parcouraient les couloirs pour rejoindre leurs classes ou se rendre à leurs différentes activités et nous avons entendu leurs rires et leurs exclamations mélées aux voix des professionnel(le)s qui prennent en charge leur éducation, leur réadaptation et leur bien-être.
Ce qui a beaucoup frappé Thomas dans cette école, c'est la grandeur des couloirs, des salles de cours, du gymnase... Tout est prévu pour que des fauteuils roulants et des appareils d'aide à la marche permettent aux enfants de ciculer facilement. Tout leur est adapté, accessible! Des mots qui trouvent écho dans ce que nous faisons au sein de Ludociels pour tous.

Puis, nous «les» avons rencontré. Ceux et celles pour qui nous mettons en place ce nouvel atelier, les enfants. Ce matin là, ils étaient trois présent(e)s: un garçon et deux filles. Ils revenaient de leur toilette, deux d'entre eux-elles avaient marché une bonne partie du début de la matinée et la troisième revenait d'une séance avec le physiothérapeute. 

Le programme de la matinée a continué avec le bonjour. Marie nous a présenté et ensuite chaque enfant, tour à tour, a écouté la chanson du bonjour «Bonjour les amis, bonjour, bonjour, les amis bonjour...» en appuyant sur un gros bouton jaune et a choisi ensuite à qui il-elle souhaitait dire bonjour en regardant des photographies représentant leurs petit(e)s camarades de classe. Des mots, des actions, des gestes, des signes, des regards accompagnent chacune des interactions de l'enseignante avec ses élèves.
Photo ordinateur  
Dans sa classe, Marie est accompagné par Yvette qui fait partie du personnel de soutien. Son aide est très précieuse pour que les activités d'enseignement menées par Marie se déroulent sans encombre. Yvette Aide les enfants à s'installer dans leurs fauteuils, cherche le «chewy» pour l'enfant qui a besoin de tout porter à sa bouche mais qui doit apprendre que tout ne s'explore pas avec la bouche, aide à replacer une autre confortablement dans son fauteuil parce que le sien est en révision et qu'elle a de la difficulté à se sentir bien dans celui qu'on lui a prêté en attendant, etc...

La matinée s'est poursuivie avec une activité d'arrosage de plantes en vue de la fête des pères qui approche. Après avoir regardé le pictogramme qui représente l'arrosoir, les enfants exercent leur toucher en saisissant l'arrosoir et regardent l'eau qui s'écoule. Aucuns de ses enfants ne parlent, mais ils-elles sourient, s'exclament, rient, expriment leurs sentiments avec des gestes, des onomatopées, des bruits, des expressions faciales, etc... C'est comme être témoins d'un nouveau langage et pourtant, ils-elles doivent aussi apprendre à communiquer et à se faire comprendre.

Et puis ça a été l'heure de l'histoire. Projetées sur un grand écran comme au cinéma, des images accompagnées de phrases et de pictogrammes. Chaque partie de l'histoire est expérimentée par les enfants. Marie leur lit la phrase, leur montre le pictogramme correspondant et les enfants touchent, regardent, expriment leur expérience. «Lola, la petite oursonne cueille des fleurs quand elle est en vacances», «regardez la fleur», «il faut regarder le pictogramme avec les yeux, le toucher avec les doigts, mais il ne faut pas le froisser, sinon tu ne le vois plus, il ne faut pas le porter à ta bouche, ce n'est pas un de tes jouets», «Tu sens comme ça sent bon les fleurs? Tu les tiens dans ta mains?», etc...

Finalement, l'heure du repas est très vite arrivée. Yvette a emmené une des jeunes élèves un peu plus tôt pour la préparer à son alimentation par incitation. Nous avons dit au revoir aux enfants et à Marie. Mais nous les reverrons dès la rentrée scolaire en septembre 2015 pour expérimenter avec eux le jeu que nous allons créer pour eux. Grâce à cette matinée riche en émotion, nous avons appris beaucoup de choses, ce qui va permettre à Thomas, notre ergonome et concepteur de jeux vidéo de concevoir un jeu sur mesure.

À suivre...

Note: tous les prénoms du personnel de l'école ont été changé par soucis de respect et de confidentialité.